Il y a 2 ans aujourd'hui que nous nous sommes rencontrées.

La seule, l'unique, l'inoubliable rencontre.

La seule fois où je t'ai regardée, portée, embrassée.

Je n'ai pas souhaité te revoir, ni en quittant l'hôpital les bras vides de toi, ni à la chambre mortuaire. J'ai eu peur de gâcher le beau souvenir que j'avais de toi. J'ai eu peur que tu aies changé en quelques heures, en quelques jours. J'ai eu des pensées horribles que je n'ai pas su exprimer pour qu'on me rassure. Et je regrette de ne pas avoir profité des moindres instants avec toi, de ne pas m'être gorgée de toi. Mais par-dessus tout, je regrette de n'avoir pas osé demandé à ce qu'on prenne tes empreintes de mains et de pieds. Une preuve tangible de ton passage parmi nous. La timidité, la peur, la gêne, je ne sais pas.

 

Aujourd'hui, il me reste de toi ton bracelet de naissance, 4 photos dont une floue, le double du doudou que tu as emporté avec toi, et ton acte d'enfant sans vie.

Et ta tombe sur laquelle je vais aller tout à l'heure. Cette tombe que nous avons voulue ouverte. Pas de dalle, pas de béton. Juste des traverses de bois, des cailloux blancs et cette butte de terre sous laquelle tu reposes dans laquelle nous avons planté des fleurs. Blanches, violettes, roses. Et au milieu, une plaque avec ton prénom, ton nom et ta date. 

 

Il me reste de toi le souvenir de notre rencontre, qui me reste si douce. Je me souviens à peine des actes médicaux qui ont suivi ta naissance, de ma douleur, de mes hurlements, de mon évanouissement. Je me souviens juste de la sensation de te sentir glisser hors de moi, et plus tard de la sage-femme qui t'a apportée. "Comme elle est belle !". Je me souviens de mes paroles quand je t'ai vue. Je me souviens de mes larmes, des mots que je t'ai dits, de l'amour qui t'a entourée, du baiser que je t'ai donné, le seul. 

 

Tu as, comme tes soeurs, une valisette de carton où je mets des souvenirs : la tenue de naissance, les premières chaussures, la première bougie d'anniversaire, la première mèche de cheveux coupée... Toutes ces choses qui ne concernent que les vivants.

Dans la tienne, il y a les maigres souvenirs que j'ai de toi, mais bizarrement, c'est la plus remplie. Parce que dans ta valisette, il y a les dessins que Lilo a fait de toi ou pour toi, il y a le tee-shirt imprimé à ton nom de ma première marche du 15 octobre, il y a le bouquet de roses que ta grand-mère avait apporté pour fleurir ta tombe. Il y a même un pyjama, toi qui n'a pas eu de tenue de naissance. Un pyjama à plumes que d'un coup je n'ai plus réussi à mettre à Isée, parce que les plumes te symbolisent tellement, outre qu'elles ornent ton doudou, elles représentent pour moi ton passage parmi nous, ta légèreté, ta douceur, ton envol dans un souffle.

 

Tu es ma petite plume, ma douce plume.

 

Il y a 2 ans aujourd'hui, j'ai basculé dans un monde inconnu, celui des mamans qui comptent en "enfants vivants", celles qui font un distingo entre le nombre d'enfants dans leurs bras et celui d'enfants dans leur coeur, celles qui se sentent mères de familles nombreuses même si il y a moins d'enfants autour d'elles qu'il devrait.

 

Je t'aime ma doucette.