Hier, nous avons appris que la malformation de Rose était "accidentelle".

C'est une bonne nouvelle pour la suite, pour un futur petit frère ou une future petite soeur.

 

Mais ça n'enlève rien à la douleur, ça ne soulage pas, ça ne rend pas plus serein.

 

Je me dis que ça va mieux, je fais des choses, je me fixe des objectifs, je sors (toujours en famille, ceci dit, jamais seule, c'est encore trop difficile), je pleure moins.

Mais je m'effondre encore régulièrement.

Je ne savais pas que la douleur pouvait être si forte.

Je ne savais pas, je ne pouvais pas imaginer quelle souffrance c'est de perdre son enfant.

 

Je croyais que mes seuls souvenirs étaient des projections, des choses, des rêves, des espoirs qui ne se réaliseront jamais, mais je me rends compte que j'en ai d'autres, que je découvre petit à petit, dont je me souviens peu à peu.

Je me fabrique des souvenirs de ma si petite fille, parce que je n'ai rien d'autres à quoi me raccrocher. Je ne l'ai pas connue, et je ne la connaitrai jamais.

 

Alors je me souviens.

Des nausées. On disait que c'était le bébé qui me faisait des blagues. Des blagues pas très agréables, mais des blagues quand même.

De son surnom "P'tit doigt", parce qu'en revenant d'une petite écho aux urgences gynécos, j'avais rassuré ma grande poulette en lui disant que le bébé allait bien et qu'il était grand "comme ça" (7 mm), et qu'elle m'avait répondu "il est grand comme mon petit doigt, on va l'appeler P'tit doigt en attendant de lui donner un prénom".

De mon impossibilité à uriner parfois parce que mon utérus bloquait ma vessie, encore une autre blague de P'tit doigt qui faisait beaucoup rire sa grande soeur (et beaucoup moins sa maman).

 

Et aujourd'hui, j'ai pu parler de ces "blagues" et je me suis surprise à rire en les évoquant.

 

Alors je me dis que Rose a traversé ma vie comme un rayon de soleil blagueur et que ce sont ceux-là, les bons moments partagés avec mon bébé.